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Les robots : progrès ou régression ?

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CCIG
Posté le 20.03.2017
Dossiers CCIGinfo

C’est logique : l’automatisation et la numérisation font craindre un avenir sans emploi en Occident. La plupart des premières études sur ce thème n'était pas rassurante, présidant qu'une majorité d’emplois seraient substitués par des machines. Mais une étude plus récente verrait plutôt la robotisation comme une chance pour l'économie. Le gain d'efficacité qu’elle apporte permet aux entreprises de réagir en relevant les défis de la concurrence. Dans certains cas, elles peuvent même éviter la faillite ou une délocalisation dans un pays moins cher.

C’est une réalité : les robots de nouvelle génération, dopés à l’intelligence artificielle, développeront de nouveaux produits et services pour mieux tirer parti des technologies existantes. On pense aux FinTech et aux cleantech. D’après le site «Observer OCDE» , la technologie est l’un des facteurs qui détermineront le marché de l’emploi et le niveau de chômage ces prochaines décennies. Ceci au même titre que le vieillissement de la population et la mondialisation.

En fait, les travaux répétitifs sont ceux qu’on peut logiquement le plus automatiser. Selon l’étude intitulée «The risk of automation for jobs in OECD countries»* , on évoque souvent des professions dans leur ensemble à automatiser, et non les tâches isolées. Cette étude menée dans les 21 pays de l’OCDE a pris en compte l’hétérogénéité des tâches au sein des professions. L’estimation globale indique que seuls 9% des emplois sont automatisables. La menace générée par les avancées technologiques semble donc bien moindre que celle donnée par la méthode basée sur les professions.

Des distinctions territoriales
Les différences entre pays reflètent les spécificités de chaque économie. En Europe, la part d’emplois automatisables est plus forte qu’en Asie (6 % en Corée du Sud contre 12 % en Autriche, par exemple). On surestime trop souvent la numérisation possible, car des métiers à risque (comme anesthésiste ou transporteur de matières dangereuses) comprennent des tâches difficiles à automatiser.

N’oublions pas que les employés s’adaptent souvent à la technologie, ce qui freine le chômage. De plus, cette mutation peut générer des emplois qui sont plus compétitifs. En conclusion, cette étude démontre que l’automatisation a peu de chances de détruire un grand nombre d’emplois. Mais les travailleurs peu qualifiés souffriront davantage du processus que leurs collègues qualifiés. Le défi consisterait donc à œuvrer sur la formation continue et à éviter au maximum les inégalités.

Un enjeu majeur du futur
On l’aura compris, cette 4e révolution industrielle constitue sans doute l’une des plus importantes transformations des derniers siècles. Il faudra encore compter sur le développement de l’informatique et d’Internet, du stockage des données, de l’intelligence artificielle ou encore des plateformes collaboratives.

Toujours d’après le site « Observer OCDE », ce contexte tend à faciliter la mobilité de la main-d'œuvre et le changement d’entreprises. Mais aussi à inciter travailleurs et patrons à une meilleure qualification. La révolution numérique conduit à davantage de télétravail ou à du travail en freelance. Des adaptations des régimes fiscaux et de protection sociale sont à envisager dans les entreprises.

Taxer le robot : pas si illogique que ça !
Dès lors, les robots devraient-ils être soumis à l’impôt ? C’est sur ce thème que le fiscaliste Xavier Oberson a ouvert le semestre de printemps de l’UNIGE le 21 février dernier. Si l’idée semble saugrenue, elle suit une certaine logique. Après le secteursecondaire, les services n’échappent pas à l’automatisation. Certains spécialistes y voient un double effet négatif : des pertes de recettes fiscales pour l’Etat et un financement accru de l’assurance-chômage, ce que la « taxe robot » pourrait compenser.

Plusieurs variantes de taxe
La première proposition de taxe avancée par le fiscaliste serait une sorte d’impôt sur le revenu, puisque le robot effectue une tâche rémunérée, à l’instar d’un humain. Une variante consisterait à verser des cotisations sociales sur la base d’un revenu théorique. Autre solution : percevoir une TVA progressive sur l’activité des robots, sur le modèle de la taxe sur la cylindrée des véhicules. Certains chercheurs vont encore plus loin en proposant d’affecter les recettes fiscales générées à la formation ou à la création de nouveaux emplois. L’une des critiques qu’essuie la taxe robot est un risque de double imposition (en plus de l’impôt sur les sociétés).

Si Xavier Oberson est favorable à l’impôt sur l’intelligence artificielle, c’est qu’il ne serait pas un frein à l’innovation. « Mais il faut se préparer dès à présent à ce concept, d’autant que cela nécessitera une coordination internationale. Faute de quoi les entreprises concentreront leurs machines intelligentes dans des paradis fiscaux ». Encore faut-il s’entendre sur la définition d’un robot pour qu’il ne soit pas sujet à interprétation juridique. Ceci pour éviter que les patrons ne se soustraient à l’impôt.

Plus aucun secteur « épargné »
L’intelligence artificielle s’est développée de façon fulgurante depuis quelques années. Les robots ont fait leur entrée un peu partout dans les processus de production. C’est le cas des usines bien sûr, mais aussi de la médecine (citons le logiciel Da Vinci des HUG, qui réalise certaines opérations chirurgicales). Désormais, même les administrations s’y mettent pour effectuer une assistance juridique ou les déclarations fiscales. Même dans le privé, des robots de compagnie ou de ménage aident des personnes malades ou âgées, alors que des véhicules sans chauffeur s’apprêtent à circuler. Certains engins arrivent à s’autoprogrammer. « Leur capacité d’apprentissage progresse de manière fulgurante, voire inquiétante », comme l’a relevé le Dr Laurent Alexandre, lors d’une conférence sur la neuro-révolution au Crea Digital Day le 12 janvier dernier.

N’oublions pas que, dès le début de XXe siècle, le droit fiscal professionnel est basé sur un impôt sur les personnes morales, autrement dit les sociétés. Alors, pourquoi ne pas y introduire cette notion pour des robots, qui travaillent plus vite et efficacement que les humains ?

* ARNTZ Melanie, GREGORY Terry, ZIERAHN Ulrich. Etude “The risk of automation for jobs in OECD countries - a comparative analysis“. Paris : OECD Publishing, 2016. 35 pages.


Les robots ne supplanteront pas la caissière !

Les géants suisses de la distribution veulent rester à la page, en popularisant le « self-scanning » et le « self-check-out »: dans le premier cas, on scanne soi-même les articles en rayonnage avant de régler le montant à une borne automatique. A conseiller aux clients pressés. Dans le second cas, on scanne ses achats à une caisse en libre-service, pour autant que l’on dispose d’une carte de paiement. Cela convient lorsque l’on a un nombre réduit d’articles. Mais ces moyens alternatifs rebutent les plus âgés ou ceux qui ne veulent pas changer leurs habitudes.

A Migros-Genève, le système Subito a été introduit dès 2012 pour faciliter la vie des consommateurs friands de nouvelles technologies et disposant de peu de temps. « Ces appareils ont été installés exclusivement là où il y avait une demande, à savoir dans 17 surfaces de vente sur les 49 existantes », relève son Service communication. Il y aura donc toujours une part majoritaire de caisses traditionnelles, préférables pour les achats nombreux. Car un professionnel scanne nettement plus vite. Curieusement, le nombre de vols n’augmente quasiment pas avec les caisses automatiques.

Pas de licenciement économique

« C’est le tourisme d’achat en France voisine et les achats croissants sur Internet qui ont fait diminuer le nombre d’emplois à Migros-Genève ces dernières années, et non pas le système Subito. Et cela s’est fait sans licenciement économique », poursuit l’enseigne, qui s’évertue au moins à préserver les emplois. Elle investit ainsi trois millions de francs par an pour la formation professionnelle. Ses métiers se transforment vers davantage d’encadrement de la clientèle.

Un député genevois a préparé un projet de loi qui taxerait chaque automate à hauteur de 10 000 francs par mois ! Qu’en pense le géant orange ? « Le commerce genevois est déjà fortement prétérité, inutile de rajouter des charges supplémentaires ! 
 

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