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149e Assemblée générale de la CCIG: allocution de Pierre Poncet, président

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Posté le 03.04.2014
Opinions

Le texte prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs, chers amis de la Chambre de commerce,

Je vous souhaite une très cordiale bienvenue à notre 149e Assemblée générale. Parmi les nombreuses personnalités qui nous honorent de leur présence, je tiens à saluer tout particulièrement :
Monsieur le président du Conseil d'Etat
Monsieur le président du Grand Conseil
Monsieur le procureur général
Messieurs les conseillers d'Etat
Messieurs les députés genevois aux Chambres fédérales
Mesdames et Messieurs les députés au Grand Conseil
Madame la chancelière
Mesdames et Messieurs les maires, conseillers administratifs et adjoints des communes genevoises ainsi que les représentants des autorités municipales
Mesdames et Messieurs les représentants des corps diplomatiques et consulaires à Genève

Je souhaite également la bienvenue:

- aux représentants des administrations fédérales, cantonales et communales ;
- aux représentants d’economiesuisse et des grands organismes économiques de notre pays ;
- aux représentants des associations et organismes professionnels, économiques et touristiques de notre canton ;
- des Chambres de commerce suisses, binationales et étrangères ;
- et des partis politiques. 

Le fond de l’air fraîchit. Les vents contraires se renforcent. Le ciel de la prospérité de ce pays s’assombrit. La fiscalité, toujours elle, est le baromètre sur lequel s’inscrit la météo économique. Et la prévision n’est pas bonne.

 

Le navire de l’économie genevoise, et suisse, vogue dangereusement près des récifs. Premier écueil : l’imposition d’après la dépense. Ce qu’on appelle à tort « les forfaits fiscaux » (additionnés des droits de successions) amènent chaque année 160 millions de francs dans les caisses publiques. L’abolition de ce système fait fuir les contribuables concernés et provoque, au final, une perte sèche de recettes de fiscales. Ceci n’est pas une théorie, c’est un fait. Zurich en a fait la désagréable expérience. Et, tandis que, dans ce pays, on aime à disserter sur la moralité de l’imposition d’après la dépense, d’autres, tels que le Portugal, l’Irlande, le Royaume-Uni ou la Belgique, se contente d’engranger les bénéfices de ce système. N’ayons pas peur, pour une fois, d’être matérialistes et de tenir compte de notre seul intérêt, comme le font nos voisins européens !

La population sera appelée à voter sur ce sujet, vraisemblablement en novembre. Plus de 75% des contribuables imposés d’après la dépense sont domiciliés dans 4 cantons : Genève, Vaud, Valais et Tessin. Le défi est double : il s’agit d’une part, de convaincre les électrices et électeurs de notre canton. Mais aussi du reste de la Suisse. Or, en cette matière, la Suisse alémanique, y compris les milieux économiques, n’est pas sur la même longueur d’onde que nous. La bataille sera donc rude.

Deuxième écueil : la fiscalité des entreprises. La CCIG soutient la fixation d’un taux d’imposition unique de 13% pour l’ensemble des sociétés contribuables sur le territoire genevois. Ce taux a un double mérite. D’une part, il allège la charge des PME – PME dont il ne faut pas oublier le rôle essentiel dans notre tissu économique. D’autre part, même si ce taux constitue une augmentation pour les grandes entreprises bénéficiant d’un statut particulier, il demeure supportable et ne nuira pas à l’attractivité du canton.

La fiscalité est, dans tous les cas, un sujet complexe. Mais il faut bien reconnaître que la structure fédérale de la Suisse complique singulièrement la donne. Fiscalité fédérale et cantonale jouent des coudes et, de surcroît, tous les cantons ne vivant pas les mêmes situations, leurs positions sont parfois divergentes. Dans la discussion sur la réforme de la fiscalité des entreprises, les attentes de Genève et de Bâle, par exemple, sont notoirement différentes.

A l’évidence, les réformes ne peuvent se faire d’un claquement de doigts. Mais elles sont indispensables et leur mise en place doit avancer à une allure soutenue. Et ce d’autant plus que nous ne pouvons échapper à la pression des pays voisins. Le vent qu’ils font souffler pourrait vite devenir une tempête qui nous drossera sur les écueils fiscaux.

Un troisième écueil vient en outre de surgir. Il s’agit bien sûr du frein à l’immigration accepté par le peuple en février dernier. Sans gloser sur les conséquences possibles pour l’économie genevoise, rappelons simplement quelques chiffres, mis en lumière récemment par le Conseil d’Etat. En 2013, quelque 37 000 permis ont été délivrés, contre 276 000 annulés. Cela démontre assez que Genève a besoin de main d’œuvre étrangère et que la rotation élevée que connaît cette main-d’œuvre s’accommodera difficilement d’un système de contingents.

Mais le premier effet de cette votation est surtout d’avoir ouvert une ère d’incertitude. Qu’adviendra-t-il de nos relations avec l’Europe ? Comment les entreprises étrangères implantées en Suisse analysent-elles la situation ? Quelles conclusions en tireront-elles ?

Or, l’économie a horreur de l’incertitude. L’une des forces principales de la Suisse était la sécurité de son droit. Battue en brèche par les manœuvres de pays concurrents qui aspirent à récupérer une part de notre richesse, la stabilité juridique est aujourd’hui minée par des décisions populaires prises sans véritable compréhension des enjeux.

Le travail commence bien en amont des campagnes de votations. Tout d’abord, c’est notre rôle, en tant que Chambre de commerce, d’accompagner le politique et d’imprimer le rythme de navigation. Car il faut avancer toutes voiles dehors !

Et c’est aussi le travail des associations économiques de se donner encore et toujours plus de peine pour expliquer les mécanismes de l’économie à la population, pour les illustrer, pour démontrer pourquoi les enjeux des prochaines votations sont vitaux – et l’adjectif n’est pas excessif.

Et il vous appartient, Mesdames et Messieurs, de participer à cet effort. Derrière les statistiques qu’on utilise pour traduire notre situation économique, il ne faut pas oublier qu’il y a des femmes et des hommes qui dépendent des emplois générés par notre prospérité. La prospérité économique n’est pas un slogan, c’est une nécessité pour les individus. C’est une nécessité pour la société.

Les nuages d’orage qui s’amoncellent à l’horizon ne sont pas un simple phénomène météorologique passager. Si nous ne redoublons pas d’efforts, ils pourraient bien marquer la fin du bien-vivre helvétique.

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