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Des dépenses mais pas d’investissements

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Pierre Poncet
Posté le 19.10.2016
Opinions

Autofinancement insuffisant, peu de contribuables mais des gros : ce sont les deux caractéristiques des finances publiques genevoises, comme le démontre la 8e étude fiscale de la CCIG, publiée cette semaine.

Qu’on ne se trompe pas de débat : un endettement en soi n’est pas forcément problématique puisqu’une collectivité se doit d’investir. C’est moins la valeur absolue du poids de la dette qui est importante que son évolution par rapport aux recettes, c’est-à-dire aux moyens à disposition chaque année. Or, à Genève, la dette se monte à 183% des revenus annuels cantonaux, ratio le plus élevé de Suisse.

Paradoxalement, alors que Genève souffre d’un retard marqué dans le développement de ses infrastructures, elle n’a pas été en mesure d’autofinancer ses investissements. Sur les 25 dernières années, leur autofinancement moyen se situe à 62% seulement. Un tel taux s’observe habituellement en période de récession, la fourchette usuelle étant de 80% à 100% d’autofinancement. A Genève, c’est devenu la norme.

Autre carcan pour les finances publiques genevoises : 7% des contribuables génèrent plus de la moitié de recettes fiscales. En d’autres termes, les recettes des collectivités dépendant d’un petit nombre de personnes. Cela signifie que le canton a tout intérêt à attirer quelques gros contribuables supplémentaires plutôt que d’essayer de faire passer encore une fois au tourniquet ceux qui sont actuellement établis sur notre territoire.

Cet état de fait ne laisse au canton qu’une faible marge de manœuvre pour piloter son avenir. Alors que le vieillissement de la population rend un assainissement financier plus que jamais nécessaire et que les recettes fiscales sont florissantes, c’est donc au plan des dépenses que l’action devra se situer.

6 commentaires

SCHNEIDER, André
Posté le 19.10.2016
Bravo ! Ceci rend Genève très fragile dans le cadre de la nouvelle fiscalité d'autant plus que je vois difficilement comment elle pourra accroître son attractivité, malgré tous les efforts de la CCIG. Et je vois difficilement la gauche accepter des restrictions budgétaires.
Willy Gerber
Posté le 19.10.2016
Cher Monsieur, j'ai lu votre article avec grand intérêt, sur un sujet qui m'interpelle. Vous n'adressez pas le problème des taux d'imposition progressifs en fonction des revenus. Est-ce que nos barèmes sont judicieux, au vu de quelques gros contribuables qui ont quitté le canton pour des lieux plus cléments, entraînant des manques à gagner importants ? Votre avis m'intéresserait. Je vous adresse mes meilleures salutations.
Martin Diener
Posté le 19.10.2016
D'accord avec ce blog ! Comment faire pour davantage de gros contribuables, davantage d'encaissements. Toutefois, il y a un aspect qui me manque, celui de la diminutions des décaissements... : pourquoi ne pas revoir la manière dont tous ces encaissements "disparaissent" ; investissements, certes !, mais qu'en est-il des frais courants ? --> où mettre le scalpel ? L'absence de cet aspect manquant me fait penser aux Soap des déficits de nos voisins occidentaux/méridionaux...
CCIG
Posté le 19.10.2016
Merci à M. Willy Gerber pour son commentaire relatif au barème d’imposition des personnes physiques. Il va de soi qu’une diminution du barème, dont la progressivité est importante à Genève, serait favorable à la conservation des contribuables importants qui assurent une part très importante de nos recettes fiscales. Il semble toutefois peu réaliste d’imaginer à court terme une telle réduction. C’est d’ailleurs en partant de ce constat que la CCIG, avec d’autres associations économiques et partis politiques, avait insisté, en 2009, pour que la notion de « charge maximale » (bouclier fiscal dans le langage courant) soit introduite dans la législation genevoise. De ce fait, la ponction fiscale se trouve limitée à 71,5% du revenu imposable au maximum (ICC et IFD). En l’état, il est difficile d’apporter une meilleure réponse à cette charge excessive qui pèse sur les contribuables s’acquittant des impôts les plus élevés.
Antonio Lafranchi
Posté le 23.10.2016
D'une part, la 8e étude fiscale de la CCIG démontre clairement une situation préoccupante des finances publiques genevoises; d'autre part, beaucoup (une majorité ?) dans le Canton s'inquiètent de ce déficit grandissant Et pourtant, nos élus au Grand Conseil ne réussissent même pas à se mettre d'accord sur le fait qu'il y a un problème urgent à résoudre. Que proposez-vous de concret pour changer cet état des choses, pour mettre nos politiques au travail - comme les vaudois et les fribourgeois ... ?
Jacques Jeannerat
Posté le 24.10.2016
De façon générale, la CCIG n’a pas à élaborer de stratégie politique. Nous sommes une association privée qui sert d’interface entre les entreprises et les autorités. Quand elle publie des études comme cette 8e brochure fiscale, elle donne une «matière première», des outils sur lesquels les partis politiques peuvent travailler. En termes de finances publiques, la CCIG prône avant tout une pression fiscale acceptable sur les entreprises et des investissements suffisants. Pour ce qui est de la comparaison inter-cantonale, mentionnons simplement que les Fribourgeois disposent d’un frein anti-déficit plus poussé qu’à Genève. Alors que les Vaudois ont peut-être maintenant une rigueur « calviniste » plus développée qu’au bout du lac.

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