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Un concept qui améliore déjà la gestion de nombreuses entreprises

CCIG
Posté le 10/11/2016
Dossiers CCIGinfo

Jouer le jeu de l’économie verte, c’est bien pour l’image, mais cela rapporte-t-il vraiment ? Oui, même si les effets sont plutôt à attendre sur le long terme. Ce qui explique aussi pourquoi il est si difficile d’en mesurer l’impact. En tous cas, cette approche responsable sensibilise de multiples entreprises, qui l’intègrent souvent dans leur stratégie.

Le récent refus par le peuple suisse de l’initiative des Verts, jugée trop contraignante, est signe qu’aux yeux du souverain, l’économie gère plutôt bien le volet environnemental. A Genève, certains partis aimeraient profiter du OUI cantonal pour faire des propositions en « cavalier seul ». Mais il faut bien voir que de multiples entreprises n’ont pas attendu pour se lancer dans l’écologie, les cleantech, l’éco-construction ou les technologies de l’information.

L’économie verte devient une manière sensée de gérer son management et d’en garantir la pérennité dans un monde troublé. Les entreprises ne veulent pas attendre qu’on leur dicte des mesures. Elles préfèrent être proactives pour faire évoluer leurs produits et prestations. Certaines entreprises se sont dotées d’une charte du développement durable. C’est le cas de la PME familiale Serbeco, qui a adopté en 2006 un tel règlement, révisé annuellement. Il sert même d’ADN à cette société de récupération de déchets : sous son slogan « protéger le climat rapporte », si l’on ignore combien, on est sûr que cela ne plombe pas ses comptes. Dans le bâtiment genevois, sur 130 entreprises du secteur, 17 ont décidé de créer une charte pour déployer un plan d’actions en matière de mobilité ou de déchets.

Enfin, le consommateur peut aussi favoriser cette politique par son comportement et ses éco-gestes. D’ailleurs, la Suisse est championne européenne dans l’utilisation des ressources. Mais on le sait, il faudra poursuivre les efforts sans fanfaronner.

Politique verte pour un géant orange

La Migros, leader du commerce de détail du pays, communique depuis 2012 son programme de développement durable à travers la campagne « Génération M ». Le géant orange s’engage avec des projets concrets et des promesses fermes. Mais ça lui rapporte quoi, en réalité ? Difficile de répondre à la question, car cette politique initiée depuis dix ans surtout au bout du lac entre dans un monitoring consolidé à long terme. « L’un des objectifs visés, de 2010 à 2020, est de faire baisser la consommation électrique d’au moins 10% et les émissions de CO2 de 20% », précise Anne-Marie Gisler, responsable du développement durable à Migros-Genève. « Ce qui est sûr, c’est que nous ne faisons pas ça pour la bonne image, mais convaincus que c’est notre responsabilité d’entreprise. La dimension  d’économies financières existe aussi : dans le contexte concurrentiel que connaît le commerce, nous sommes obligés d’optimiser chaque franc investi ».

Trois exemples concrets d’efforts
Si Migros-Genève fait des efforts dans tous ses départements, elle est à la pointe dans trois domaines. Commençons par le transport : l’acheminement des marchandises par le rail est privilégié depuis longtemps (cf. encadré). Mais les livraisons en magasin par route étant nécessaires, la coopérative fait rouler ses camions au bio-diesel (huiles usagées recyclées). L’équivalent de plus de 480 000 km/an est ainsi parcouru sans émissions de CO2. Et le personnel roule de plus en plus en véhicule électrique. Deuxième secteur : la construction, avec des nouveaux bâtiments conçus selon les normes Minergie au minimum. Et un respect maximal des normes environnementales pour ses bâtisses louées.

Troisième application : la consommation d’énergie au quotidien, essentielle dans une entreprise aussi gourmande dans le refroidissement, l’éclairage ou la ventilation. Les rejets thermiques des installations de froid sont réutilisés pour chauffer les magasins et préchauffer l’eau sanitaire. Les nouvelles ampoules LED sont désormais au cœur des systèmes d’éclairage automatiques à luminosité variable notamment. « On se sert de panneaux solaires au M-Parc de Carouge, du réseau Génilac à Porte de Versoix et même de géothermie à Porte de Nyon », explique Anne-Marie Gisler. Migros-Genève traite 7500 tonnes par an de déchets d’exploitation, qu’elle valorise à 75%. Les lavures des restaurants sont méthanisées en biogaz ; les invendus encore consommables des magasins sont collectés par la centrale Partage.

« Notre personnel, poursuit Anne-Marie Gisler, reçoit aussi des formations pour adopter des éco-gestes et contribuer à l’effort d’économie d’énergie, et donc d’argent. Nous effectuons des contrôles périodiques pour savoir si les objectifs sont tenus. Vu tous ces investissements, il est primordial de s’assurer de leur efficacité environnementale, notamment en matière de consommation.»

Les banques aussi misent sur l’économie verte

Parmi les innombrables PME qui se battent au quotidien pour une économie verte, on trouve des institutions bancaires. Le groupe Mirabaud mise depuis des années sur une finance plus durable et transparente. Il s’est doté d’une charte et a entrepris de réduire son empreinte énergétique, alors que les enjeux environnementaux font partie de ses processus d’investissement. Pas étonnant que l’établissement bancaire et financier ait figuré parmi les cinq nominés – sur 90 entreprises genevoises – pour le trophée Ambition Négawatt de SIG au printemps dernier.

« Cet effort de rationalisation a commencé en 2007, lors de la rénovation du bâtiment actuel situé sur la plaine de Plainpalais », explique Michael Palma, directeur des opérations chez Mirabaud. Première étape : l’isolation des fenêtres, l’installation de plafonds froids, la chaudière, le couplage chaleur-force, et des monoblocs d’aération. Un système de récupération thermique à haut rendement. A terme, des capteurs solaires vont servir à la production d’eau froide et d’eau chaude, en remplacement des deux vétustes pompes à chaleur. Les anciennes citernes à mazout seront reconverties pour le stockage thermique. Autre exemple du quotidien : le café en grain a remplacé les capsules à café en aluminium, permettant de réduire l’empreinte environnementale dans le processus d’approvisionnement et également de l’amélioration de la filière de récupération.

Le confort ne doit pas être sacrifié
« A chaque étape, poursuit Bruno Schmid, de la société SB technique (mandatée pour les travaux), notre équipe technique procède à des mesures pour assurer un suivi continu ». Chaque modification a apporté une amélioration globale de l’utilisation de la consommation des ressources énergétiques.

Cette vision est en cohérence avec l’engagement de Mirabaud en faveur de la finance durable : les investisseurs y sont sensibles. « Evidemment, avant tout, il est primordial de maintenir le confort des collaborateurs en diminuant en même temps l’utilisation énergétique. Il n’est pas question de l’amoindrir », précise Bruno Schmid.

« Mais il n’y a pas que l’aspect financier à terme, martèle Michael Palma, c’est aussi d’abord une conviction profonde de l’entreprise familiale d’assurer l’avenir. Pour réduire son empreinte écologique, il y a une part de prise de risque, lorsque l’on investit dans certaines technologies. Informer les collaborateurs et les clients est primordial pour nous, afin que la démarche soit bien comprise et appréciée. Il faut séparer les mesures d’économie financière des mesures de réduction de l’empreinte énergétique. »


L’économie verte : c’est un mode de gestion qui tient compte du caractère limité des ressources naturelles et de la régénération des ressources renouvelables, mais assurant le bien-être.

Le développement durable : c’est une conception du bien commun qui tient compte des trois pôles que sont le social, l’économie et l’environnement, liés à des enjeux sur le long terme.

Les « cleantech » (clean technology en abrégé) : ce sont les techniques et services qui utilisent les ressources naturelles et matières premières, afin d’améliorer l’efficacité et la productivité.

L’écologie industrielle : c’est une pratique récente du management environnemental qui vise à limiter l’impact de l'industrie sur la nature, en compatibilité avec les écosystèmes.

 

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