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Genève aime le train

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CCIG
Posté le 09.11.2017
Dossiers CCIGinfo

Le canton de Genève n’a pas toujours bien défendu ses intérêts dans le domaine des infrastructures ferroviaires financées par la Confédération. Il en paie encore le prix aujourd’hui et, pour s’en convaincre, il suffit de parcourir le projet de programme 2030/2035 de développement de l’infrastructure ferroviaire (PRODES) en consultation jusqu’en janvier 2018.

Sur les 11,5 milliards de francs que la Confédération propose d’investir, Genève ne récolterait que 13 millions. Pourtant, les besoins genevois sont plus importants. Milieux politiques et milieux économiques doivent dès lors tirer à la même corde pour convaincre la Confédération de prendre en compte les besoins de la région, de sa population et de ses entreprises.

Un nouveau mode de financement du rail


En 2014, le financement de l’infrastructure ferroviaire a été réformé en profondeur. Désormais, un fonds permanent, le fonds d’infrastructure ferroviaire (FIF) finance aussi bien l'exploitation et la maintenance que les futurs aménagements. Les mesures d'aménagement sont décidées par étapes tous les 4 à 8 ans par le Parlement, par le biais d’un programme de développement stratégique (PRODES).

Le programme global comprend des mesures et projets, à réaliser d’ici à 2050 pour une somme de quelque 40 milliards de francs, classés par degré d’urgence. Le Parlement se prononce à chaque fois sur les étapes d’aménagement successives. Il a déjà adopté la première de ces étapes qui sera réalisée d’ici à 2025 pour un coût de 6,4 milliards de francs.

En votation populaire, les Genevois ont accepté cette réforme par 76,6% de oui, un score plus élevé que le score suisse qui était de 62%. C’est une large coalition qui s’était formée dans le canton, où l’aménagement de l’infrastructure ferroviaire accuse un retard certain, retard que les milieux économiques et politiques estiment nécessaire de combler au plus vite.

Le train, indispensable au développement économique


Qu’il transporte des voyageurs ou des marchandises, le train est un pilier important de l’infrastructure suisse des transports. Indispensables à l’économie, à la population et au tourisme, les chemins de fer sont aussi très utilisés pour les déplacements de loisirs. Le taux d’utilisation a progressé de 60% en 20 ans, alors que l’offre de transport de voyageurs augmentait d’environ 40%. Désormais, plus de 1,2 million de personnes par jour prennent le train. Quant aux marchandises, le fret ferroviaire affiche une croissance de 25% par rapport à 1995. Les quantités transportées ont également augmenté, passant de 19,3 à 23,8 millions de tonnes par an.

Globalement, l’amélioration de la desserte en transports d’une région s’accompagne d’une croissance des activités. Une bonne desserte et des infrastructures de transports performantes constituent des critères importants dans les décisions d’implantation des entreprises. La bonne connectivité d’une région accroît le bassin de recrutement des entreprises, diminue les coûts de production, améliore les possibilités de consommation et, globalement, favorise l’activité économique.

Le transport participe donc de manière centrale à la croissance économique et joue un rôle de « liant » pour les activités économiques. Sans transports, pas d’échanges ; sans échanges, pas d’économie possible.  

Etape d’aménagement 2035


Le Conseil fédéral a lancé fin septembre dernier la procédure de consultation (voir encadré 2) qui débouchera sur la prochaine étape d’aménagement du réseau ferroviaire d’ici 2035. Contrairement aux premières rumeurs qui donnaient à penser qu’il livrerait deux propositions, l’une à 7 milliards et l’autre à 12 milliards, le gouvernement a finalement opté pour une proposition de programme d’investissements chiffrée à 11,5 milliards de francs.

Cette étape d’aménagement permettrait de densifier l’offre sur les lignes surchargées telles que Zurich–Winterthur ou Yverdon–Lausanne–Genève, tant pour le trafic grandes lignes que pour le réseau express régional. Le but est de répondre à la demande croissante en transport ferroviaire. Toutes ces améliorations nécessiteraient environ 200 interventions d’envergure variable sur l’infrastructure. Les plus conséquentes d’entre elles seront la construction du tunnel de Brütten entre Zurich et Winterthour, l’aménagement de la gare de Zurich-Stadelhofen et la réalisation du tunnel de base du Zimmerberg II. Viennent ensuite l’aménagement du tronçon du pied du Jura entre Yverdon, Lausanne et Genève ainsi que la modernisation de l’actuel tronçon Neuchâtel–La Chaux-de-Fonds.

Le transport de marchandises devrait lui aussi connaître des améliorations : grâce à des aménagements ciblés, des liaisons express dédiées au fret pourront être établies sur l’axe est-ouest. Ce transport bénéficiera en outre de la construction de voies supplémentaires à des emplacements névralgiques et de la réalisation de nouveaux terminaux et installations de triage, qui serviront à supprimer des goulets d’étranglement et à augmenter la productivité.

La consultation se termine le 15 janvier 2018, et le Conseil fédéral a jusqu’à la fin de l’année 2018 pour présenter au Parlement le message relatif à l’étape d’aménagement ferroviaire 2030/2035.

Une répartition peu équitable pour la Suisse romande


Dès la publication du message fédéral, des voix se sont élevées pour dénoncer une répartition des fonds peu équitable pour la Suisse romande et qui ne rend pas justice à son attractivité économique.

La Conférence des Transports de la Suisse occidentale (CTSO), qui réunit les conseillers d’Etat en charge des transports des Cantons de Berne, Fribourg, Vaud, Valais, Neuchâtel, Genève et du Jura, a ainsi déploré fortement que plusieurs de ses principales propositions ne soient pas retenues dans le projet de message mis en consultation. Elle demande une répartition équilibrée et équitable des moyens à disposition. En effet, dès lors que les sept cantons romands représentent 40% du territoire national, 40% du réseau ferroviaire et près de 40% de la population, il serait logique que 40% des 11,5 milliards qui seront affectés à l’aménagement du réseau ferroviaire soient investis dans cette partie du pays où la demande est en forte augmentation, et pas seulement environ 25% comme le prévoit Berne.

Si PRODES 2030/35 prévoit des aménagements entre Lausanne et Genève qui densifierait l’offre ainsi qu’un tronçon à double voie entre Laufon et Bâle permettant la cadence à 30 minutes entre Bienne et Bâle via Delémont, les autres projets prioritaires de la région Ouest paraissent oubliés de la Confédération. Il s’agit notamment d’une liaison réellement performante et sans changement entre Bâle et l’arc lémanique via Delémont, de l’achèvement du tunnel ferroviaire de base du Lötschberg, de la ligne directe entre Neuchâtel et la Chaux-de-Fonds, du développement au quart d’heure de la ligne Genève–Vernier–La Plaine du Léman Express, de la cadence à 15 minutes dans l’agglomération de Fribourg ainsi que de l’amélioration des accès aux Alpes vaudoises.

Genève oublié par Doris Leuthard


Sur les sept projets clés déposés par le canton de Genève auprès de l’Office fédéral des transports (OFT), un seul a été retenu, à savoir l’allongement des quais Genève–Coppet pour un montant de 13 millions de francs, soit 0,1% de l'enveloppe totale maximum envisagée par l’OFT. Il n'est pas admissible que la deuxième agglomération de Suisse n'obtienne que des miettes, alors que les besoins sont particulièrement criants.


Les 7 projets clés de Genève

  • Offre au quart d'heure entre Genève et Lausanne sur les Regio Express (et les Intercity par extension)
  • Cadence au quart d'heure Genève–La Plaine : intégralité du réseau Léman Express cadencé au quart d'heure dans le canton
  • Trains plus longs entre Coppet et Genève
  • Halte à Châtelaine
  • Arrêt des Regio Express à Versoix toutes les 30 minutes
  • Nouvelle liaison Rive gauche–Aéroport
  • Participation à l'amélioration de capacité de l'étoile d'Annemasse.

L’absence, dans le projet en consultation, du cadencement au quart d’heure pour le trajet Genève-Cornavin-La Plaine, chiffré à 130 millions de francs, a fait bondir les milieux économiques en général et les entreprises de la région ZIMEYSAVER (zones industrielles de Meyrin, Satigny et Vernier) en particulier. La ZIMEYSAVER abrite en effet plus de 2000 entreprises et 27 000 emplois – avec une projection de développement de 25 000 emplois supplémentaires. Les communes de Meyrin et Vernier – Vernier est la 2e ville du Grand Genève et la 16e ville la plus peuplée de Suisse – abritent 60 000 habitants et 43 000 emplois. Située à côté de l’aéroport, entre les communes genevoises et vaudoises en plein développement et la ZIMEYSA, cette région est véritablement une zone d’importance stratégique.

Une quinzaine d’entreprises très importantes de la ZIMEYSAVER se sont adressées à la ministre des transports pour la sensibiliser à l’importance de ce projet pour l’économie locale. En vain, puisque cette dernière leur a répondu que l’analyse faite par ses services « ne donne pas un bon rapport qualité/prix ».

Pourtant, cette ligne ferroviaire est primordiale pour le développement économique de la région. Sa fréquentation a doublé en dix ans et les projections réalisées en 2010 pour 2020 ont déjà été dépassées. Si la tendance 2006-2016 se poursuit, la ligne transportera plus de 9000 voyageurs/jour en 2030 à offre constante ; avec une cadence au quart d'heure, on atteindra environ 8500 voyageurs/jour. Le jeu en vaut donc clairement la chandelle.

Genève aime le train

En 2009, dans le message relatif au programme d’élimination des goulets d’étranglement du réseau des routes nationales, le Conseil fédéral écrivait : « En matière de gestion du trafic, le canton de Genève mise avant tout sur la promotion des transports publics et de la mobilité douce ; l’aménagement du réseau des routes nationales ne figure pas parmi les priorités du canton ». Aujourd’hui, c’est la conseillère fédérale Doris Leuthard qui, lors des négociations qui ont précédé l’élaboration du message PRODES, a laissé entendre que Genève n'aimait pas le train.

Les Journées portes ouvertes ferroviaires lémaniques des 23 et 24 septembre 2017 lui ont donné tort. Plus de 30 000 personnes, originaires de toute l'agglomération franco-valdo-genevoise, se sont déplacées et les visiteurs en ont profité pour faire passer un message fort à destination de Doris Leuthard, en lui adressant des milliers de cartes portant le message « Genève aime le train: mettez notre futur sur les rails ! ».

Parmi les six cantons donateurs à la péréquation financière, Genève (297,2 mio) arrive en troisième position derrière Zoug (312,4 mio) et Zurich (464,6 mio). Malgré toute la bienveillance que l’on peut avoir à l’égard du ciment de la solidarité fédérale, il est difficile de ne pas considérer comme inacceptable que Genève demeure le parent pauvre du développement des infrastructures de transport de notre pays. Une alliance de tous les milieux politiques et économiques s’impose rapidement pour que le canton parvienne à défendre ses intérêts s’agissant du financement de « ses » infrastructures de transport par les fonds fédéraux.


La CCIG et ses membres consultés par le Conseil fédéral

Le Conseil fédéral a ouvert la consultation sur la prochaine étape d’aménagement de l’infrastructure ferroviaire, étape qui se décline en deux variantes alternatives : une étape 2030 ou une étape 2035, correspondant à des volumes d’investissements d’ampleur variable.

Le développement et l’aménagement des infrastructures de transport tant ferroviaires que routières ou aériennes constituent une priorité pour le bon fonctionnement de l’économie. Les entreprises doivent pouvoir compter sur des infrastructures de qualité et une fluidité des flux de déplacement des marchandises et des personnes. Au vu du développement économique et démographique en Suisse, l’aménagement des infrastructures de transport revêt une urgence particulière, en particulier à Genève et dans l’arc lémanique. Il convient donc de veiller à ce que les besoins de la région soient correctement pris en compte et que les investissements nécessaires soient consentis.

Afin de lui permettre de représenter au mieux les intérêts et préoccupations des entreprises, la CCIG invite les membres intéressés par cette thématique à transmettre leurs commentaires à Marc Rädler, assistant politique, à l’adresse suivante : m.radler@ccig.ch, d’ici au vendredi 1er décembre 2017.

Les documents concernant ce projet sont consultables sur le site de l’Administration fédérale, www.admin.ch/ch/f/gg/pc/pendent.html, sous l’intitulé « Etape d’aménagement de l’infrastructure ferroviaire 2030/35 (EA 2030/35) ».

 

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