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La Banque mondiale, alliée naturelle des PME

CCIG
Published on 13/12/2018
CCIGinfo special report

Certes, la Banque mondiale a une vocation internationale. Mais elle ouvre aussi des marchés auxquels les entreprises suisses peuvent soumissionner. L’interview de Werner Gruber, directeur exécutif de la Banque mondiale pour la Suisse, explique comment.

Quel est le rôle de la Banque mondiale ?

La Banque mondiale (BM) accorde des prêts aux pays en développement et aux pays émergents pour financer des projets d’infrastructure et des programmes de développement. Son principal objectif est de lutter contre la pauvreté et de promouvoir une prospérité partagée. Le Groupe de la Banque mondiale se compose de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement ou BIRD, l’Association internationale de développement (IDA), pour les pays les plus pauvres ; la Société financière internationale (SFI), dédiée au secteur privé ; l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA – Multilateral Investment Guarantee Agency) et le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). Dans l’ensemble, ce groupe investit environ 65 milliards de dollars chaque année dans les pays en développement et les marchés émergents. Ce montant va être plus élevé ces prochaines années grâce à des augmentations de capital approuvées récemment. Le rôle de la BM a fortement évolué et son importance s’est encore accrue en raison des enjeux planétaires globalisés que sont le climat, les migrations, la santé ou encore la prévention des risques.

Comment l’action de la BM se distingue-t-elle de celle du FMI ?

Tous deux ont été créés à la Conférence de Bretton Woods dans le New Hampshire en 1944 pour éviter une répétition de l’effondrement économique des années 1930 et pour financer la reconstruction des pays ravagés par la seconde Guerre mondiale. Le but principal du FMI est d’assurer la stabilité du système monétaire international (taux de change et système de paiement international). C’est, fondamentalement, un pool de réserve de devises, composé des monnaies des Etats membres et accessibles – à certaines conditions – aux nations pour stabiliser leur monnaie, quand elles rencontrent des problèmes (temporaires) de balance des paiements.

La BM, respectivement la BIRD, elle, a été créée à l’époque pour financer les projets de reconstruction après des guerres et développer les infrastructures dans les pays émergents. C’est une banque de développement : elle s’appuie sur son stock de capital (et la notation triple A) pour accéder aux marchés financiers et lever des fonds qu’elle prête ensuite aux Etats concernés à des conditions favorables.

Quelle relation la Suisse entretient-elle avec la BM ?

Tout d’abord, la Suisse est actionnaire de la BM. À ce titre, comme les autres actionnaires, elle décide des orientations fondamentales de la Banque, en accord avec ses statuts. A travers sa représentation au sein du Conseil d’administration, elle donne son avis sur les stratégies, les politiques, les programmes, les projets et le budget de l’institution. En outre, la Suisse, par le biais de la Direction pour le développement et la coopération (DDC) et du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), est également un partenaire majeur de développement du Groupe de la Banque mondiale. Ces derniers fournissent un financement ciblé pour des projets d’assistance technique de la BM ou de la SFI et co-financent des programmes et projets prioritaires spécifiques. La Suisse peut ainsi bénéficier de la connaissance, de la capacité de mise en œuvre et des compétences de la BM pour faire avancer ses propres objectifs de développement.

Est-il important pour la Suisse de disposer d’un administrateur ?

Oui c’est important. La Suisse dirige un groupe de vote qui comprend huit autres pays, à savoir l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Pologne, la Serbie, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan. Elle représente ces Etats au sein du Conseil des 25 directeurs exécutifs. Les intérêts helvétiques se retrouvent ainsi directement dans le processus de décision de la BM.

Avec son expertise, sa persévérance et un focus clair, la Suisse parvient à influencer avec succès l’orientation de la Banque.  Comme petit pays avec une économie fortement développée et orientée vers l’exportation, la Suisse porte un vif intérêt aux systèmes multilatéraux fondés sur des règles. Le Groupe de la Banque mondiale est l’une des principales institutions multilatérales dans ce système, et il devrait encore prendre de l’importance grâce à son mandat qui évolue dans un monde globalisé.

L’action de la BM a-t-elle un intérêt pour les entreprises suisses ? Si oui, par quel biais ?

Les entreprises suisses peuvent bénéficier de la BM de plusieurs façons. Tout d’abord, celle-ci encourage le développement du secteur privé dans ses Etats-clients, créant ainsi des marchés pour les exportateurs et les importateurs helvétiques. Deuxièmement, la Banque, au travers de ses instruments pour le secteur privé (SFI et MIGA), soutient et protège des investissements dans les pays en développement par le biais de prêts, de prises de participations et de garanties, dont les entreprises helvétiques peuvent également bénéficier. Troisièmement, les entreprises suisses, y compris les sociétés de conseil, peuvent bénéficier directement des contrats et mandats pour des projets financés par la Banque mondiale. Par exemple, dernièrement, un cabinet de conseil suisse a obtenu un contrat pour un projet de développement urbain au Vietnam et un fournisseur de matériel médical fourni des équipements de radiothérapie à un hôpital roumain.

Comment une entreprise suisse peut-elle se tenir au courant des appels d’offre ? Comment peut-elle soumissionner ?

Les appels d’offres dans le cadre de projets financés par la BM (BIRD et IDA) sont émis par l'unité de mise en œuvre du projet des pays client reposant sur les règles d'approvisionnement de la Banque. Ils peuvent être consultés sur la page web dédiée de la Banque (www.devbusiness.com). Il peut également être utile de s’informer à l’avance sur les projets planifiés. Ceci dans le but d’être préparé aux soumissions, une fois le processus de passation de marché lancé. Notre bureau à Washington est disponible pour fournir plus d'informations au sujet du processus de passation des marchés.

Parmi tous les projets que vous avez suivis depuis que vous êtes administrateur de la Banque mondiale, lequel vous a apporté la plus grande satisfaction ?

L’un des projets récents les plus intéressants a été la mise sur pied du mécanisme de financement d’urgence en cas de pandémie (ou PEF, acronyme anglais de Pandemic Emergency Financing Facility). Dans une approche innovante, la BM a créé un mécanisme d’assurances qui peut être rapidement déclenché lors de l’apparition d’une pandémie (telle que le virus Ebola) mettant à disposition des sommes importantes pour éviter la prévalence plus large de ces maladies mortelles. Ce projet montre comment la Banque utilise des outils financiers novateurs pour mobiliser des fonds privés à des fins de développement. Il démontre également comment la BM à travers son travail dans les pays en développement crée des biens publics mondiaux (en préservant la santé globale). Enfin, je mentionne ce projet également car il est basé sur une coopération de la BM avec la DDC et la Swiss Re, qui ont tous deux joué un rôle important dans sa préparation.

L’Helvétistan représente-t-il une réelle communauté d’intérêts dans le cadre des institutions de Bretton Woods ou ne s’agit-il, pour la Suisse, que d’un instrument politique ?

Avec le recul, cela a été un heureux hasard que la Suisse ait décidé de rejoindre la Banque mondiale en 1992, juste après l’effondrement de l’Union soviétique, lorsque les États nouvellement indépendants d’Asie centrale accédaient également aux institutions de Bretton Woods. Cela a permis à la Suisse de créer son propre groupe de vote et d’obtenir un siège au Conseil d’administration. Depuis cette date, la Suisse a établi d’excellentes relations avec les Etats de cette région et notre group de vote est devenu bien plus qu’un instrument de la politique. La coopération avec ses pays nous a permis de comprendre les processus et les défis du développement dans les pays en transition. En nous forçant à nous mettre à la place des Etats emprunteurs, notre point de vue a été élargi, ce qui nous rend encore plus crédible au sein du Directoire du Groupe de la Banque mondiale.


Vincent Subilia, “officier de liaison” pour la Banque mondiale

Vincent Subilia, directeur général adjoint de la CCIG, est « Private Sector Liaison Officer » (PSLO) pour la Banque mondiale, le seul pour la Suisse à ce jour. A ce titre, il a pour rôle de faciliter les contacts entre les entreprises privées suisses et l’organisme siégeant à Washington DC. En tant que PSLO, il doit également faciliter l’accès des entreprises privées suisses aux opportunités d’affaires, aux services et à l’expertise offerts par le Groupe de la Banque Mondiale, et jouer un rôle de relais du secteur privé suisse auprès de ce dernier.

Aujourd’hui plus de 160, les PSLO sont issus d’une centaine de pays et nommés par des organisations telles que les Chambres de commerce et d’industrie, les associations professionnelles et les agences de promotion des exportations ou des investissements. Ils sont regroupés au sein d’un réseau (PSLO Network) qui organise des événements dans le monde, avec l’appui de la BM : séminaires présentant des opportunités d’affaires, de co-financement ou sur les garanties MIGA.


Une assurance contre les risques politiques

Créée en 1988, l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) commence à jouer un rôle prédominant dans l’économie mondiale. Comme son nom l’indique, cette institution internationale a pour but de faciliter les financements dans les pays émergents afin de favoriser la croissance économique, réduire la pauvreté et améliorer les conditions de vie des populations. Offrant des garanties contre les risques politiques, elle a à ce jour appuyé plus de 700 projets d’investissement dans une centaine de pays en développement. 

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